Logo UIA-HSC

Université Inter-Âges de Normandie
Antenne d'Hérouville Saint-Clair

Accueil Informations Conférences Activités Sorties Vie de l'antenne


Liste des activitÚs

 
Programme - Philosophie

Année 2019-2020

  Benjamin OUEDRAOGO

Quelle place pour la philosophie africaine dans la pensée universelle ?

L’un des paradoxes ayant longtemps entretenu la polémique sur la philosophie africaine (écrite en langues française, anglaise, lusophone, germanophone, arabe, ou même dans les langues endogènes depuis au moins la première moitié du XXème siècle), c’est de n’avoir point suffisamment été étudiée dans le monde, pas même au sein du continent africain, où l’on était en droit d’en attendre un travail de réception relativement consistant. Longtemps déconsidérée (Souvenez-vous cette phrase malheureuse d’un homme d’État affirmant que « l’homme noir n’est pas rentré dans l ‘histoire. » La philosophie africaine fait aujourd’hui l’objet de travaux de plus nombreux et importants surtout aux USA (thèses, monographies, dictionnaires, évaluation des notions… colloques, enseignements, Bibliographies). Pourtant, en dépit de l’ampleur de ces travaux, elle est longtemps demeurée dans une posture d’infériorité tout comme avait été maintenu l’homme africain durant la période coloniale.

L‘autre difficulté, et non la moindre, c’était l’approximation et la faiblesse avec lesquelles on découpait tant bien que mal son objet et les articulations internes qui le ponctuaient, sans en définir fermement les termes, les méthodes, les concepts, et les grandes controverses, ni même s’attacher à déterminer avec rigueur la critériologie qui autoriserait le dénombrement exhaustif des périodes qui en scandent le mouvement. En d’autres termes, la pensée africaine ne pouvait prétendre être une philosophie car elle ne répondait pas aux critères de système comme l’était la pensée grecque et qui fait dire à Heidegger que la philosophie est grecque dans son essence.

Enfin, le principal obstacle qui laminait cette pensée orale dans son essence et qui fait dire à Hamadou Ampaté Ba « En Afrique, un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle » c’était de s’écrire sans s’accorder l’exigence préliminaire d’élaborer sa propre histoire, cette philosophie s’était exonérée le plus important : dérouler l’histoire des séquences de sa discipline. Elle a donc fonctionné de la sorte – au moins jusqu’à assez récemment -, sans pouvoir se regarder dans l’étendue de ses productions internes, sans se raconter, ni se penser dans la totalité de ses publications et de ses territoires heuristiques. En quelque sorte, cette pensée manquait de systématisation cartésienne.

Sans doute trouvait-on çà et là quelques textes de synthèse de ses publications les plus récentes, mais le déficit flagrant de la définition de ses objets, la non formulation de ses interrogations cardinales, en l ’occurrence son assignation à se prononcer sur les origines de la philosophie elle-même, en tant que cette question est la sienne en propre. son échec à définir ses enjeux, à se poser comme le discours unitaire de l’ensemble des activités de la philosophie dans le continent africain, voire dans un horizon idéel autrement plus vaste (puisque cette philosophie n’exclut pas de prendre en charge la pensée philosophique afro-américaine ( autant de manques ont privé la philosophie africaine du récit de son histoire, au sens ricœurien où raconter et penser sont une seule et même chose.

De fait, ce discours pouvait-il se constituer comme un champ autonome, unitaire et autoréflexif sans revenir sans cesse à sa propre histoire et à l’histoire générale de la philosophie ? La philosophie peut-elle vivre sans élaborer sa propre histoire et sans se référer à l’histoire générale de sa discipline ? Ainsi donc, l’enseignement de cette philosophie, la recherche universitaire et sa réception ont souffert de l’absence et de l’oubli dévastateur d’une écriture de l’histoire de la philosophie.

Nous nous demanderons donc :

    1. quelles sont les raisons (idéologiques, systématiques) du rejet et de la négation d’une pensée philosophique, à la fois authentiquement africaine, mais aussi universelle ?
    2. Quels sont les fondements de la philosophie africaine et en quoi sa spécificité n’enlève rien à son caractère universel ?
    3. Enfin, quels états des lieux de cette pensée africaine aujourd’hui et quelle place lui accorder dans la pensée universelle ?


Le vendredi de 14h00 à 16h00

Retour